L'ivresse de la page noire

Mon blog, mon espace personnel, ma page noire blanchie numériquement, mon journal pas/plus très intime. N'hésitez, visiteurs, l'ordre n'est qu'apparence, le déranger n'est pas condamnable. Soyez décent tout de même, exprimez-vous justement et clairement.

vendredi 26 décembre 2008

Rien.

Chacun vit mieux loin de celui ou celle qui l’étouffe. C’est une  évidence presque, un fait, que j’ai voulu ignorer ou rejeter. Mais les temps de réflexions, les calmes plats où l’on ne se manipule, où l’on n’exerce sa pestilentielle pression, permettent d’y voir clair. De se détacher de ceux qui nous nuisent. Voilà la vision que j’ai de moi. Voilà le monstre que je vois en moi.


Mais même les monstres souffrent.

Et je ne pourrai défaire ceux et celles qui ont envoyé cette image à ma conscience. Jamais la vérité, ma vérité, ne pourra éclater. Je l’emporte dans mes mots, à tout jamais, et ils gagnent et triomphent de ma crédulité. Qui aura influencé le plus ? Qui aura manipulé le plus perversement ? Du fond de mon gouffre encore, je l’ignore.


Merci pour tout. Merci pour le mal.


Par les mots je fus détruit plus que par toute chose encore, réduit en charpie, laissé aux charognards. Mais in fine qu’importe si je peux leur en vouloir, peu me chaut qu’ils soient coupables ou non, mon mal est trop grand. Aveuglé de douleur, le sang et les larmes se brouillant dans le regard au Néant qui s’infiltre, il est aisé de pourfendre à grands coups dans la masse, de déchirer sa périphérie et d’y planter le poison qui nous infiltrer. Mais il n’en est que vengeance. Et les jugements fusent, l’anathème court sur les coupables à notre demande.


Je leur accorde mes maux. Ma dégénérescence. Tout seul je ne serais parvenu à raser l’édifice de ma personne. Pas aussi vite. Pas aussi fort. Et l’Ange rédempteur passe sur cette morne plaine de destruction, survolant ma douleur de ses ailes blanches et lisses qu’elle croit ne jamais souiller, épandant le sel sous lequel jamais plus rien ne poussera.


Il est facile de rejeter ses maux sur autrui. Certes oui, cela soulage. Cela purge un peu de peine étouffante. Et enfin l’on peut mourir en paix hypocrite avec soi-même. Je vais m’effacer.


Merci de m’avoir lu. Merci encore pour le mal. Pour mon mal.


Mais ce fut vain.


*              *

*


La réalité est pire que jamais je ne l’aurais imaginée. Plus blessante encore. Plus perverse. Encore plus étrangère et douloureuse. Et chaque information reçue est une blessure béante que rien encore ne peut combler. Jamais plus je n’aurai l’affection si belle et rassurante. Je reste seul avec mes questions et mes pourquoi alors qu’elle refuse de s’expliquer, de confirmer ou d’infirmer ce qu’elle n’a pas le courage d’avouer, ce que je suis forcé d’obtenir par d’autres ou de seulement supposer. Mais l’autre est déjà là. Il a fait vite pour lui panser les ailes. Et elle l’a très vite accepté dans son cœur. Sûrement parce que j’en étais absent trop souvent. Certainement… Suffisamment pour oublier que je souffre moi aussi. Mais elle ne m’aimait déjà plus, j’en suis certain à présent, je n’étais plus qu’une occupation avant qu’elle ne se trouve autre chose, elle n’aurait pu partir si vite. Et c’est l’autre qui a pu la couver de compliments, la choyer, l’attirer pendant mon absence. Et prendre ma place, peu à peu. Me bouter hors de son cœur où elle ne m’acceptait déjà plus. L’accompagner à des concerts et l’y charmer… C’était moi, avant, qui le faisait. Elle en a un autre. Un ange plus doué que moi. Une grenouille qui deviendra prince. Un crapaud qui peut lui donner plus que ce que je ne peux le faire. Et moi encore j’ai voulu espérer, la « récupérer ». Garder l’espoir selon ce que nous avions sincèrement convenu, croyais-je encore. Mais elle avait déjà fait son choix. Elle mentait déjà et ne voulait pas réfléchir à nous et à elle. Elle ne voulait que déjà fuir.


J'ai des cornes.


Je voudrais qu'elle puisse me détruire mais surtout qu’elle cesse de me mentir. Qu’elle puisse m’abattre et que moi je puisse revivre en étant un autre, mais qu’une dernière fois elle puisse m’être sincère, qu’elle puisse s’avouer à elle-même au lieu de fuir. Que je n’entraîne plus le malheur qu’elle m’inflige et que je distillerais chez les autres, mais qu’elle cesse de me blesser aussi perversement que par son silence et ses mensonges. Car elle va beaucoup mieux depuis qu’il a pris ma place, m’avoue-t-elle, alors la force devrait lui être revenue. Il a pris cette place au centre de son cœur. Son bonheur lui est acquis. Il est parvenu à faire en sorte qu'elle aille mieux, ce dont j'étais incapable. Je dois changer malgré tout. Mais auparavant je dois pouvoir « tirer un trait », reprendre mes billes et clôturer mon cœur. Pouvoir me lever de la table et effacer l’ardoise. J’en ai besoin pour avancer. J’en ai besoin pour pouvoir revivre. Et cela passe par elle, parce que je reste seul encore dans le navire qu’elle a abandonné, et je dois pouvoir en sortir. En « faisant mes comptes », j’aurai mes réponses dont le suspens m’empêche de respirer à nouveau. Et elle devra comparaître devant elle-même. Pour que moi je puisse vivre, à mon tour d’être le plus égoïste, je l’ai mérité.


J'espère qu'il pourra tout lui exaucer, sincèrement. Qu'il pourra se détruire pour elle et que comme moi il en ait conscience aussi pleinement. Que de lui-même il fasse le choix de se détruire jusqu’au creux de son être pour tout lui donner, et qu’il soit heureux de son geste. Pour elle. Car pour elle, s'est avec le sourire que je l'ai fait. Et avec bonheur que je recommencerais. C’est ma joie tragique, mon renoncement d’amour, mais il n’a que peu importé visiblement, il n’était pas assez démonstratif à ses yeux. Pour elle, qu'importait de vivre ou de mourir, j'en avais le sourire, j’en étais heureux. Par amour. Mais la plus belle preuve d'amour était encore de vivre, vivre pour elle même si je n’étais déjà plus rien.


Pour elle. Pour nous. Par amour.


Me serais-je floué, moi qu’elle traite de larve et d’autres qualificatifs sordides derrière mon dos ? Bien possible… Mais je ne sais plus quoi faire maintenant. Et elle refuse de se justifier, ou même de s’expliquer. Peut-être tout simplement en est-elle incapable. Auquel cas je crie au manque de maturité, à l’inconséquence, et mets en doute notre rupture et sa nouvelle relation. Mais je n’ai rien si ce n’est ma douleur sur laquelle m’appuyer, je le sais. Rien que mon amour que j’ai désiré le plus total, qu’elle a souillé. Dont elle a profité. Dont elle s’est servie pour assouvir sa soif d’amour, de paillettes et fuir toute remise en question. Moi j’étais prêt à le faire, alors si déjà son opinion était forgée, comment pouvait-elle me le demander ? Ne se doutait-elle pas que j’appuierais tous mes espoirs dans cette interrogation, alors que nous avons partagé de si nombreux instants, qu’elle avait déjà pu voir comment mes espoirs pouvaient me détruire ? Je crie au monstre, à la gamine, à l’enfant pourri-gâté fuyant ses responsabilités de cœur et d’esprit. Incapacité de s’assumer et d’avouer ses choix. Pas à moi en tout cas, mais à elle non plus. C’est de la cruauté, simplement. Je n’ai tout appris qu’en bassesse et n’ai obtenu que de succinctes confirmations, entre deux pleurs. Pas assez pour moi. Pas assez pour tirer un trait. Pas assez pour que je puisse refermer mon cœur laissé exsangue.
Trop pour une seule âme. Trop pour moi.


Mais si peu de considération de sa part pour notre passé commun me blesse, pour ces deux années et presque neuf mois. Comme si elle voulait que rien n’ait existé. Que moi détruit rien ne puisse rappeler ce qu’elle était ou ce qu’elle est et qu’elle cherche à fuir. J’ignore pourquoi et ne fait que des suppositions, mais comment croire encore qu’elle ait pu être sincère ne serait ce qu’une seule fois auparavant ? La généralisation est bien tentante. Or pourquoi se fait-elle maintenant si haineuse envers moi, envers ce qui pendant si longtemps fut nous ? J’ai besoin de ces réponses, de ses réponses, mais je n’en récolte que violence et mots transmis via d’autres. Pourtant je ne crois pas avoir été le plus horrible dans tout cela. Loin de là. C’est ma petite pensée égoïste qu’elle ne pourra m’ôter. Pas en continuant à fuir. Mais je ne peux en rien l’obliger. Je ne peux la contacter si elle se refuse. Et je ne peux faire violence, je ne me le permettrais pas. Il me reste de souffrir et d’espérer. De croire encore qu’elle me libère de notre couple qu’elle a bafoué, de mon amour qu’elle a manipulé et perverti à son dessein, de l’amertume de vouloir annihiler ce temps commun maintenant. Comme si l’on pouvait tout oublier et repartir à zéro. Je crois que ce n’est qu’une illusion, et le cœur lourd, je la plains de pouvoir y croire. Mais il est vrai que mon jugement est certainement biaisé, or qu’y puis-je ? , elle a voulu tirer sur un chien fou et s’y est mal prise. Mais j’accepte son acte, je ne peux lutter contre la réalité. Je ne peux la forcer à encore m’aimer, je ne le veux même pas, je refuse cet amour qu’elle n’a plus voulu elle-même. Je dois m’y faire et me confronter au vide qui m’habite. Pour moi-même évoluer.


*              *

*


Les mots ont pu briser le silence. Enfin. Même pour des broutilles. Même si aucune réponse à ma pensée ne me fut apportée. Même pour au final ne rien dire. J’ai pu lui ouvrir encore mon cœur, en folie désespérée. Me l’apaiser par substitution. Faire taire la violence en moi pour profiter d’un instant volé. Pour pouvoir me détacher plus en douceur, pour panser mon cœur
béant. Mais arriverai-je à tourner la page ?


Nanti parmi les morts,

A la vie je rêve encor.

Que de mon cri sorte

Ma peine, qu’importe.

D’avoir longtemps rêvé,

J’en oublie le sens d’un baiser.

Anéanti chez les vivants,

Je rêve à ma vie d’avant.


L’amour d’une amitié peut-elle suffire ? Il ne peut donner d’apaisement, manquant lorsqu’il faut renoncer à être amant. Cette totalité, l’amitié ne peut l’offrir et nous ne pouvons la demander. L’amitié n’offre pas ses lèvres le temps d’un baiser et d’un oubli, ni le temple de son corps pour nous permettre d’oublier que nous ne sommes qu’un amant frustré.

Je dois apprendre à revivre et je crois avoir fait un choix inconsidéré malgré ma conscience de cela, de m’attacher à une amitié de substitution consentie. Il s’agit d’un leurre, d’un espoir fou de la retrouver, je le sais. J’en prends plein la gueule mais je suis incapable de m’en détacher. Alors je préfère jouer l’ami qu’elle accepte, celui qui sera patient et tentera d’espérer le moins possible. Mais l’amoureux en crèvera toujours, déchiré par son propre choix de ne pouvoir tourner la page. Combien de temps pourra-t-il tenir de ne se raccrocher encore qu’à elle ? Dans son inconscience, il sait qu’il va en mourir, au propre ou au figuré. Or l’ami joue un jeu dangereux lui aussi ; il pourrait tout perdre, pour lui et pour l’amoureux, alors qu’il désirerait que ce dernier puisse la retrouver, celle qui l’a mis en charpie. Malgré ses blessures et les manipulations, il choisit le masochisme à long terme, même de s’avouer que c’est pure folie. Mais au court terme cela semble le moins douloureux, alors il craint pour leur santé ; car si l’un des deux craque, les deux tombent et meurent. Et c’est l’amoureux qui est le plus à craindre, il boite déjà.


Attaché dans cette raison infime de survivre, je m’enferme dans l’infinie imprévisibilité des rapports humains, et je ne pourrai y attendre indéfiniment quoique je le désire. Or loin de toute mesure, je veux espérer. Finamor ? Plutôt mort, et pas très fine. La conscience de la douleur n’empêche rien. Folie. Connerie. Stupidité. Ou amour ? Il me faudra attendre comme un ami pour le savoir, d’être un ami indéfectible ayant la force de vivre.

In the end, it doesn’t even matter[1],

Je choisis de moi-même mon geste,

De me complaire dans la douleur,

Et de souffrir de l’amour qu’il me reste.


Even if the cries don’t matter
, comment retenir ces larmes de rage ou d’incompréhension ? Jamais il ne fut dit ou écrit que les deuils d’êtres encore vivants soient choses aisées et sans douleur. Notre situation n’est certainement pas unique en son genre, mais ma douleur l’est pour moi, et jamais je ne me souviens avoir eu si mal. Mais qui ne croit pas que son mal est unique ? Qu’aucun temps pouvant s’écouler n’apaisera cette blessure ? Même en ses mots qu’elle me consent je me retrouve à terre, pour peu qu’elle me les refuse, et ma rémission temporaire est à réenvisager. Elle sait où appuyer, où frapper pour que cela fasse mal. Je reste trop proche d’elle, trop exposé sous ses griffes par ma faute. Je dois grandir.


Les blessures ne seraient que de deux ordres désormais et même certainement depuis le début : d’amour et d’orgueil.  Et il
n’est que pur orgueil de penser que je ne m’en relèverai pas, pour me sentir unique, pour une fois encore me dire de valoir quelque chose en me ramenant à elle seule. Il faut que je cesse de me complaire dans cette douleur envisagée, renoncer à la beauté de ma vie d’avant. Faire ce deuil déjà mentionné et que la vie ne s’appelle plus Amandine, Ange ou Amourante, l’élargir à nouveau aux autres. Même si cela n’est plus pour moi, au moins donner au monde ce que j’ai voulu ne donner qu’à une seule personne. Renoncer à moi-même, à mon amour que j’ai voulu le plus pur. Mais à son amitié je ne peux renoncer, il m’en coûterait trop. Je veux grandir. Je fais mon deuil.


Je ne t'aime plus. Un autre Ange est passé. Un Ange deSang.

[1] LINKIN PARK, « In the End » in Hybrid Theory, New-York, Warner Bros. Records Inc., 2000.

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