dimanche 31 août 2008
Mémoires simplement extraordinaires d'un être normalement fantastique II
Mémoires simplement extraordinaires d'un être normalement fantastique.
La subjectivité est la vertu futile du monde actuel.
II. Monde et introversion
Les corps sans vie des idées éprouvées jonchent les sols et tapissent les fumiers.
Spectacle sublime, suprême délectation.
Mornes et creux, vides avec une telle intensité que cela semble antinomique, les mots restent inconscients. Et comme parfois l’appétit vient en mangeant, l’inspiration pourrait éclore en écrivant. Alors il peindra ces spectacles sublimes qu'il vit en esprit.
Je survivrai.
En boule sur un lit solitaire, vide de joie, exempt de cris, mouillé de larmes silencieuses, le stupide s’attache à son vocabulaire. Ses mots lui épargnent les idées, ses sentiments croulent sous cette forme abjecte, artificielle. Mais elle n’est pas pour lui, son monde reste absent, mais tellement beau. C’est l’hébétude, il n'en revient pas.
J’irai mourir sur vos tombes et cracherai vos noms secrets sur les remparts des cités. Vous souffrirez autant que moi et je vous accompagnerai.
D’abord il y a les yeux, comme la Terre que les humains détruisent. Il y a la peau qui les cercle, fine écorce mais bien solide, puis la blanche uvée nervée de rouge pour le magma en fusion, ensuite l’iris, océan de couleur comme le noyau liquide et l’abîme du cristallin en est le solide. Plonger dans ce regard, c'est pénétrer la Terre et ses secrets.
Mots, vous êtes l'essence de mon monde, leur joie, leur lie. Les incultes à mon amour pour vous me rabaissent à leurs propres notions, mais je m'y refuse. Je veux vivre de vous, pour vous. Et quand le Soleil aura éclos sur les miasmes du monde, je proclamerai votre toute-puissance.
La Terre oculaire offre un plongeon, un voyage. Il suffit de s'y laisser glisser, de bien vouloir y tomber indéfiniment. La surface est froide, lisse. Infranchissable, elle ne permet qu'aux précieux d'y accéder. Ses failles cachées ouvrent sur un monde à l'étendue improbable, un bouillon d'idées, un monde rouge en mouvement.
Les migraines s'intensifient de jour en jour, de mal en pis, et ce doigt étranger à mon corps – vicieux bourreau – me fait souffrir le martyr en s'enfonçant dans mon œil, envahissant, sadique. Mon monde est violé par la douleur, je ne peux la tolérer ! Et l'expression ne pourrait souffrir de mes affres somatiques, je m'y refuse.
Le monde s’étend, là, devant tous. C’est une vaste plaine à la végétation luxuriante où les idées paissent nonchalamment. Le temps y fait bon vivre, et l’esprit s’en porte mieux. Trône de notre enfance, ce vallon chéri devient le refuge de notre vieillesse. Les coups éprouvants de la réalité y déclenchent parfois même quelques tempêtes.
Mes plus belles marches, ce sont celles lorsque l'orage commence à gronder et que, dans la chaleur moite du temps orageux, les premières gouttes de pluie tombent peu à peu. Alors je retire mes chaussures et les dispose au pied de l'escalier et enlève mes chaussettes que je glisse par-dessus. J'ôte ensuite mon t-shirt et ainsi, pieds et torse nus, je me mets à courir sous la pluie, la face contre le ciel. Ensuite, mouillé et ivre de joie, je rentre me sécher car la foudre m'effraie. Elle gronde, fâchée, et je n'aime déplaire.
La tour se dresse au centre de tout. Elle est le siège de tout. La fragilité est sienne et l’agressivité son rempart. Nul ne peut profaner ce sanctuaire sans payer le prix de sa confiance. Ses clefs sont les armes pouvant détruire les âmes qui l’investissent, mais si elles ne la touchent, elles peuvent l’effleurer d’un regard vif et aiguisé.
Lorsque je livre mon esprit, le vend et le pervertit, c’est comme si j’offrais à mes ennemis comme à mes amis les atouts infaillible pour ébranler l’édifice de ma mémoire et de mes pensées. Pourtant même si pareille douleur m’effraie, je ne peux m’empêcher de communiquer le fruit de mon savoir… Alors seulement ils s’approchent du Monstre qui se terre en mon sein, dans les ténèbres de la Tour. Et Il est plus fort que moi lorsqu’il s’agit de blesser, d’humilier ou simplement de détruire ceux à qui j’ai permis de l’approcher dans mon inconscience la plus totale.
La Bête a des yeux et ils ne cachent rien. Ils sont rouges de haine et de rien d’autre. Ils ne renvoient aucune image, n’ouvrent sur aucun monde buccolique. Derrière eux ne s’étend qu’une surface grise, en cendres, ravagée par le feu et étouffée par la colère. Ce monde-là est nu et inaccueillant. Et peu à peu, Il grandit et prend la tête de la Tour, la tour qui sombre peu à peu dans l’errance et la déraison. Les lueurs qui s’en échappent vacillent, les mots ne retiennent presque plus la bâtisse.
Il est moi et il me hait,
Je suis lui et je le suis.
Car nous ne pouvons survivre,
Ni lui mon troll,
Ni moi son hôte.
Parce que c’est mon corps,
Et qu’il envahit mon esprit.
Les combats se suivent, mais il n’y a nul siège. Ce sont les châtelains qui s’assassinent pour la possession du fief. Les joutes se suivent et les combattants ne sont jamais départagés. Pourtant, s’ils ne peuvent coexister, ils doivent s’accepter, sans que l’un ou l’autre prenne le dessus. Ils doivent vivre ensemble ou mourir. C’est simple, mécanique. Tellement simple que s’y résoudre est presque impossible.
Je dois respirer. Une goulée d’air et de lucidité. Je veux oublier. Un trou dans ma mémoire et une déchirure dans mes sens. J’aimerais m’effacer. Un vide dans l’existence et dans le monde. Je désire disparaître. Un souvenir qui peu à peu s’estompe. J’exige d’être libre. Libre de moi et libre de Lui, libre d’être moi-même. J’ai besoin de paix. D’être en paix avec mon être et ma Bête pour être en paix avec le monde. Je ne demande que mon Amour, ses bras et son cœur pour qu’enfin je m’apaise. Mais je dois à moi seul traverser les torrents tumultueux de la déraison. Pour vivre. Pour arrêter de survivre hors de ses yeux doux et aimants. Je ne pense qu’à Elle, mais Lui aussi.
Ils sont face à face et ils se ressemblent. Plus directement, ils sont à fortiori identiques car seuls leurs desseins et leur idéalisme les séparent distinctement. Quoique… L’un est baigné du blanc de l’Amour éthéré. C’est moi. Et l’autre se pare d’une aura rouge où défillent les ombres du meurtre et de la destruction. C’est mon Autre, mais moi aussi. Ils se haïssent, ils s’évaluent du regard. Ils se connaissent mais ils aimeraient tant s’oublier. Définitivement.
J’étouffe.
vendredi 15 août 2008
J'ai vomi dans mes cornflakes...
J'ai vomi dans mes cornflakes
Se passe de tout commentaire.
Si les enfants veulent tous devenir astronautes, c'est pour se barrer de cette terre où ils devront vivre toute leur vie.
Ensuite ils grandissent, oublient la NASA à cause d'un 5 et demie en math.
Ils écoutent du black-métal et vomissent la bière vendue par packs de trente.
Ils se haïssent eux-mêmes sans trop savoir pourquoi.
Le Lycée leur apprend les modalités de l'échec, de l'humiliation, de la clope, et du suicide.
Ceux qui auront leur BAC se ruineront en malibu-coca.
Puis, le soleil éclaire un peu plus leur chemin.
Ils voient un peu mieux l'avenir parce qu'il n'y en a pas.
Ils se psychanalysent eux-mêmes en découvrant que tout ça, ce n'est peut-être pas seulement de leur faute.
Alors on se met à faire de la politique. Un autre monde est possible. Le changer serait tellement cool.
Ils achètent des T-shirts avec des étoiles rouges, et trouvent le mot
"révolution" très beau, ça ressemble à revolver, mais surtout à
évolution.
Ils arrêtent de manger du MacDo, refusent d'être français, ne regardent plus la météo; de toute façon demain...
Il pleuvra...
Le doute se mêle à leur tentatives, vaines, forcément; pourquoi refaire le monde, puisqu'il va péter.
Et puis ils se rendent compte que boire une bière fraîche avec une belle brune, c'est pas si mal.
Le regard d'une fille vaut mieux qu'un combat perdu d'avance.
L'amour pas la guerre, ce genre de conneries.
On emmerde une dernière fois la société, puis on revend son poster du Che.
Cette fille devient notre femme, la bière fraîche devient notre bide.
On s'entasse dans un meublé qu'il faudra payer. Un boulot et puis une
bagnole, avec l'ouverture centralisée et la clim en option.
On économise pour Noël, il y a un peu de soleil à la plage...
On devient gros, moche, aigri; les p'tis cons arrêtent des jouer dans
notre pelouse, et on se souvient qu'avant on avait des projets.
On se souvient...
On était jeune, plein d'idées, tout ça pour rien...
Parce que maintenant, on attend comme tout le monde son abonnement au
programme télé; alors, avant de mourir, on va voir son petit fils. Il
veut devenir astronaute.
Deviens-le, c'est ta seule chance.

