L'ivresse de la page noire

Mon blog, mon espace personnel, ma page noire blanchie numériquement, mon journal pas/plus très intime. N'hésitez, visiteurs, l'ordre n'est qu'apparence, le déranger n'est pas condamnable. Soyez décent tout de même, exprimez-vous justement et clairement.

lundi 28 avril 2008

Nature.

 Le fin rayon d'un Soleil splendide traverse l'air, scène figée sur une époque révolue, rêveuse. Le carreau traversé, les photons vont à leur grande aventure domestique. Petites entités jouant à l'écart du brouillard, corpuscules lumineux et joyeux issus du Néant pourtant si sombre et si profond, ils illustrent à merveille la foule de médiocres – des modérés discriminés –, cette masse de communs êtres de chair joyeuse dont parfois s'échappe l'une ou l'autre lumière.

 Excitants-excités, cette joie en essence fait luire les vernis victoriens qui, en réponse amicale, les renseignent aux livres alentours. Une bibliothèque ! , ô chance insoupçonnable ! Les minuscules éléments d'onde et de matière sont le fruit premier de la création génésiaque, de ce livre nommé Bible qui sommeille certainement quelque part dans les rayonnages. Ils sont le jour et leur absence est la nuit, de même sont-ils les aides des lecteurs assidus qui, d'une chandelle, parcourent cette bibliothèque. La lecture a besoin de lumière, à l'instar de celle que son activité prodigue.

 Les oiseaux subtils chantent triomphalement, chaque matin, leur venue, leur descente magistrale sur les mondes endormis. Le canard les salue de son envol matinal, au contraire du hibou qui les fuit pour s'enfoncer dans le sommeil le temps qu'ils repartent.

 La lame d'émulsion d'argent est une belle création humaine, quoique d'un artifice complet. Dans un boitier sylvestre, Les photons s'impriment en grains forts sur la plaque, comme des larmes de couleurs étroitement disposées sur la mince surface, à peine plus brillante que le flanc d’une soupière d'argent elle aussi. En parlant de soupière, ils s'y baignent allègrement, et font miroiter le délicieux breuvage titillant les papilles gustatives. Sur la lame s'étend le paysage aimé, sur cette oxydation de quelconque fabrication photon-graphique. La pince retire l'image immortalisée de sa chambre, et la pose bien en vue dans un cadre sur l'étagère.

 Mais comment rendre la force des éléments par quelques facétieuses particules de lumière prises au piège dans une maigre boîte de bois? Comment saisir la colère du ciel, la beauté des éléments, les verts chatoyants d'une vallée accueillante, ou le noir zébré de blanc de nuages dodus d'eau et d'électricité? Ce serait comme conférer la finesse et la légèreté du tulle à un grossier tricot de laine vierge. L'habileté seule de l'artiste permet-elle de faire la différence? De plus, la seule véritable artiste, aux créations inouïes dont nous profitons chaque jour à l'excès, n'est-ce pas Dame Nature elle-même?

 De prétentieux humanoïdes tentent par divers subterfuges de palier à leur soumission aux éléments, de se donner la fausse impression de force et de pouvoir sur toutes choses. La beauté, ils la copient, la dupliquent la pervertissent et jamais ne l'égalent... Et moi, je regarde.

Posté par Platonange à 22:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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