mercredi 7 janvier 2009
Jubilation, seul affect à me sortir de l’indifférence ou de la morosité. J’apprends à apprécier les leçons du passé, à me réinventer sur le fumier des expériences.
Jubilation, plus loin encore que le simple amusement, en face de l’agitation triviale de mes chimères et de mes souvenirs.
Jubilation, de pouvoir à nouveau aimer sincèrement, que mes fantômes ne puissent rien y changer, ou tout du contraire m’y renforcent.
Je suis heureux, Ange de Sang, heureux de pouvoir affronter mes blessures la tête haute et claire, heureux de pouvoir t’aimer et de faire le procès de moi-même.
Sans peur. Sans crainte. Sans haine. Sans regrets. Juste par amour.
Et t’offrir un amant, un amoureux d’absolue sincérité. Le cœur en rage, rage d’aimer, de t’aimer Ange de Sang, je désire vivre cet amour qui m’emporte au-delà de moi-même.
J’ai gagné ma liberté, ma liberté envers mon passé, ma liberté envers moi-même ; je veux la dévorer insatiablement, la vivre en toute passion, dans l’écrin de l’amour où ne poindrait aucun regret ; la vivre et l’épuiser totalement, sans appréhension. Pour la seule beauté du geste, pour ce que seule notre vie pourrait nous apporter.
Je ne pourrai t’épargner ni de toi, ni de moi, encore moins de nous. La rage d’aimer me dévore, jubilation totale, comme de vouloir te serrer dans mes bras jusqu’à ce que les forces me quittent. Jusqu’à tomber mort, ivre de toi. Serre-moi. Serre-moi jusqu’à ce que j’étouffe et que je puisse respirer à nouveau.
Sans peur. Sans crainte. Sans haine. Sans regrets. Juste pour vivre. Juste pour nous.
Ça me dépasse, je me sens submergée et il n’y a pourtant rien de plus agréable.
Je t'aime.
vendredi 26 décembre 2008
Rien.
Chacun vit mieux loin de celui ou celle qui l’étouffe. C’est une évidence presque, un fait, que j’ai voulu ignorer ou rejeter. Mais les temps de réflexions, les calmes plats où l’on ne se manipule, où l’on n’exerce sa pestilentielle pression, permettent d’y voir clair. De se détacher de ceux qui nous nuisent. Voilà la vision que j’ai de moi. Voilà le monstre que je vois en moi.
Mais même les monstres souffrent.
Et je ne pourrai défaire ceux et celles qui ont envoyé cette image à ma conscience. Jamais la vérité, ma vérité, ne pourra éclater. Je l’emporte dans mes mots, à tout jamais, et ils gagnent et triomphent de ma crédulité. Qui aura influencé le plus ? Qui aura manipulé le plus perversement ? Du fond de mon gouffre encore, je l’ignore.
Merci pour tout. Merci pour le mal.
Par les mots je fus détruit plus que par toute chose encore, réduit en charpie, laissé aux charognards. Mais in fine qu’importe si je peux leur en vouloir, peu me chaut qu’ils soient coupables ou non, mon mal est trop grand. Aveuglé de douleur, le sang et les larmes se brouillant dans le regard au Néant qui s’infiltre, il est aisé de pourfendre à grands coups dans la masse, de déchirer sa périphérie et d’y planter le poison qui nous infiltrer. Mais il n’en est que vengeance. Et les jugements fusent, l’anathème court sur les coupables à notre demande.
Je leur accorde mes maux. Ma dégénérescence. Tout seul je ne serais parvenu à raser l’édifice de ma personne. Pas aussi vite. Pas aussi fort. Et l’Ange rédempteur passe sur cette morne plaine de destruction, survolant ma douleur de ses ailes blanches et lisses qu’elle croit ne jamais souiller, épandant le sel sous lequel jamais plus rien ne poussera.
Il est facile de rejeter ses maux sur autrui. Certes oui, cela soulage. Cela purge un peu de peine étouffante. Et enfin l’on peut mourir en paix hypocrite avec soi-même. Je vais m’effacer.
Merci de m’avoir lu. Merci encore pour le mal. Pour mon mal.
Mais ce fut vain.
* *
*
La réalité est pire que jamais je ne l’aurais imaginée. Plus blessante encore. Plus perverse. Encore plus étrangère et douloureuse. Et chaque information reçue est une blessure béante que rien encore ne peut combler. Jamais plus je n’aurai l’affection si belle et rassurante. Je reste seul avec mes questions et mes pourquoi alors qu’elle refuse de s’expliquer, de confirmer ou d’infirmer ce qu’elle n’a pas le courage d’avouer, ce que je suis forcé d’obtenir par d’autres ou de seulement supposer. Mais l’autre est déjà là. Il a fait vite pour lui panser les ailes. Et elle l’a très vite accepté dans son cœur. Sûrement parce que j’en étais absent trop souvent. Certainement… Suffisamment pour oublier que je souffre moi aussi. Mais elle ne m’aimait déjà plus, j’en suis certain à présent, je n’étais plus qu’une occupation avant qu’elle ne se trouve autre chose, elle n’aurait pu partir si vite. Et c’est l’autre qui a pu la couver de compliments, la choyer, l’attirer pendant mon absence. Et prendre ma place, peu à peu. Me bouter hors de son cœur où elle ne m’acceptait déjà plus. L’accompagner à des concerts et l’y charmer… C’était moi, avant, qui le faisait. Elle en a un autre. Un ange plus doué que moi. Une grenouille qui deviendra prince. Un crapaud qui peut lui donner plus que ce que je ne peux le faire. Et moi encore j’ai voulu espérer, la « récupérer ». Garder l’espoir selon ce que nous avions sincèrement convenu, croyais-je encore. Mais elle avait déjà fait son choix. Elle mentait déjà et ne voulait pas réfléchir à nous et à elle. Elle ne voulait que déjà fuir.
J'ai des cornes.
Je voudrais qu'elle puisse me détruire mais surtout qu’elle cesse de me mentir. Qu’elle puisse m’abattre et que moi je puisse revivre en étant un autre, mais qu’une dernière fois elle puisse m’être sincère, qu’elle puisse s’avouer à elle-même au lieu de fuir. Que je n’entraîne plus le malheur qu’elle m’inflige et que je distillerais chez les autres, mais qu’elle cesse de me blesser aussi perversement que par son silence et ses mensonges. Car elle va beaucoup mieux depuis qu’il a pris ma place, m’avoue-t-elle, alors la force devrait lui être revenue. Il a pris cette place au centre de son cœur. Son bonheur lui est acquis. Il est parvenu à faire en sorte qu'elle aille mieux, ce dont j'étais incapable. Je dois changer malgré tout. Mais auparavant je dois pouvoir « tirer un trait », reprendre mes billes et clôturer mon cœur. Pouvoir me lever de la table et effacer l’ardoise. J’en ai besoin pour avancer. J’en ai besoin pour pouvoir revivre. Et cela passe par elle, parce que je reste seul encore dans le navire qu’elle a abandonné, et je dois pouvoir en sortir. En « faisant mes comptes », j’aurai mes réponses dont le suspens m’empêche de respirer à nouveau. Et elle devra comparaître devant elle-même. Pour que moi je puisse vivre, à mon tour d’être le plus égoïste, je l’ai mérité.
J'espère qu'il pourra tout lui exaucer, sincèrement. Qu'il pourra se détruire pour elle et que comme moi il en ait conscience aussi pleinement. Que de lui-même il fasse le choix de se détruire jusqu’au creux de son être pour tout lui donner, et qu’il soit heureux de son geste. Pour elle. Car pour elle, s'est avec le sourire que je l'ai fait. Et avec bonheur que je recommencerais. C’est ma joie tragique, mon renoncement d’amour, mais il n’a que peu importé visiblement, il n’était pas assez démonstratif à ses yeux. Pour elle, qu'importait de vivre ou de mourir, j'en avais le sourire, j’en étais heureux. Par amour. Mais la plus belle preuve d'amour était encore de vivre, vivre pour elle même si je n’étais déjà plus rien.
Pour elle. Pour nous. Par amour.
Me serais-je floué, moi qu’elle traite de larve et d’autres qualificatifs sordides derrière mon dos ? Bien possible… Mais je ne sais plus quoi faire maintenant. Et elle refuse de se justifier, ou même de s’expliquer. Peut-être tout simplement en est-elle incapable. Auquel cas je crie au manque de maturité, à l’inconséquence, et mets en doute notre rupture et sa nouvelle relation. Mais je n’ai rien si ce n’est ma douleur sur laquelle m’appuyer, je le sais. Rien que mon amour que j’ai désiré le plus total, qu’elle a souillé. Dont elle a profité. Dont elle s’est servie pour assouvir sa soif d’amour, de paillettes et fuir toute remise en question. Moi j’étais prêt à le faire, alors si déjà son opinion était forgée, comment pouvait-elle me le demander ? Ne se doutait-elle pas que j’appuierais tous mes espoirs dans cette interrogation, alors que nous avons partagé de si nombreux instants, qu’elle avait déjà pu voir comment mes espoirs pouvaient me détruire ? Je crie au monstre, à la gamine, à l’enfant pourri-gâté fuyant ses responsabilités de cœur et d’esprit. Incapacité de s’assumer et d’avouer ses choix. Pas à moi en tout cas, mais à elle non plus. C’est de la cruauté, simplement. Je n’ai tout appris qu’en bassesse et n’ai obtenu que de succinctes confirmations, entre deux pleurs. Pas assez pour moi. Pas assez pour tirer un trait. Pas assez pour que je puisse refermer mon cœur laissé exsangue. Trop pour une seule âme. Trop pour moi.
Mais si peu de considération de sa part pour notre passé commun me blesse, pour ces deux années et presque neuf mois. Comme si elle voulait que rien n’ait existé. Que moi détruit rien ne puisse rappeler ce qu’elle était ou ce qu’elle est et qu’elle cherche à fuir. J’ignore pourquoi et ne fait que des suppositions, mais comment croire encore qu’elle ait pu être sincère ne serait ce qu’une seule fois auparavant ? La généralisation est bien tentante. Or pourquoi se fait-elle maintenant si haineuse envers moi, envers ce qui pendant si longtemps fut nous ? J’ai besoin de ces réponses, de ses réponses, mais je n’en récolte que violence et mots transmis via d’autres. Pourtant je ne crois pas avoir été le plus horrible dans tout cela. Loin de là. C’est ma petite pensée égoïste qu’elle ne pourra m’ôter. Pas en continuant à fuir. Mais je ne peux en rien l’obliger. Je ne peux la contacter si elle se refuse. Et je ne peux faire violence, je ne me le permettrais pas. Il me reste de souffrir et d’espérer. De croire encore qu’elle me libère de notre couple qu’elle a bafoué, de mon amour qu’elle a manipulé et perverti à son dessein, de l’amertume de vouloir annihiler ce temps commun maintenant. Comme si l’on pouvait tout oublier et repartir à zéro. Je crois que ce n’est qu’une illusion, et le cœur lourd, je la plains de pouvoir y croire. Mais il est vrai que mon jugement est certainement biaisé, or qu’y puis-je ? , elle a voulu tirer sur un chien fou et s’y est mal prise. Mais j’accepte son acte, je ne peux lutter contre la réalité. Je ne peux la forcer à encore m’aimer, je ne le veux même pas, je refuse cet amour qu’elle n’a plus voulu elle-même. Je dois m’y faire et me confronter au vide qui m’habite. Pour moi-même évoluer.
* *
*
Les mots ont pu briser le silence. Enfin. Même pour des broutilles. Même si aucune réponse à ma pensée ne me fut apportée. Même pour au final ne rien dire. J’ai pu lui ouvrir encore mon cœur, en folie désespérée. Me l’apaiser par substitution. Faire taire la violence en moi pour profiter d’un instant volé. Pour pouvoir me détacher plus en douceur, pour panser mon cœur béant. Mais arriverai-je à tourner la page ?
Nanti parmi les morts,
A la vie je rêve encor.
Que de mon cri sorte
Ma peine, qu’importe.
D’avoir longtemps rêvé,
J’en oublie le sens d’un baiser.
Anéanti chez les vivants,
Je rêve à ma vie d’avant.
L’amour d’une amitié peut-elle suffire ? Il ne peut donner d’apaisement, manquant lorsqu’il faut renoncer à être amant. Cette totalité, l’amitié ne peut l’offrir et nous ne pouvons la demander. L’amitié n’offre pas ses lèvres le temps d’un baiser et d’un oubli, ni le temple de son corps pour nous permettre d’oublier que nous ne sommes qu’un amant frustré.
Je dois apprendre à revivre et je crois avoir fait un choix inconsidéré malgré ma conscience de cela, de m’attacher à une amitié de substitution consentie. Il s’agit d’un leurre, d’un espoir fou de la retrouver, je le sais. J’en prends plein la gueule mais je suis incapable de m’en détacher. Alors je préfère jouer l’ami qu’elle accepte, celui qui sera patient et tentera d’espérer le moins possible. Mais l’amoureux en crèvera toujours, déchiré par son propre choix de ne pouvoir tourner la page. Combien de temps pourra-t-il tenir de ne se raccrocher encore qu’à elle ? Dans son inconscience, il sait qu’il va en mourir, au propre ou au figuré. Or l’ami joue un jeu dangereux lui aussi ; il pourrait tout perdre, pour lui et pour l’amoureux, alors qu’il désirerait que ce dernier puisse la retrouver, celle qui l’a mis en charpie. Malgré ses blessures et les manipulations, il choisit le masochisme à long terme, même de s’avouer que c’est pure folie. Mais au court terme cela semble le moins douloureux, alors il craint pour leur santé ; car si l’un des deux craque, les deux tombent et meurent. Et c’est l’amoureux qui est le plus à craindre, il boite déjà.
Attaché dans cette raison infime de survivre, je m’enferme dans l’infinie imprévisibilité des rapports humains, et je ne pourrai y attendre indéfiniment quoique je le désire. Or loin de toute mesure, je veux espérer. Finamor ? Plutôt mort, et pas très fine. La conscience de la douleur n’empêche rien. Folie. Connerie. Stupidité. Ou amour ? Il me faudra attendre comme un ami pour le savoir, d’être un ami indéfectible ayant la force de vivre.
In the end, it doesn’t even matter[1],
Je choisis de moi-même mon geste,
De me complaire dans la douleur,
Et de souffrir de l’amour qu’il me reste.
Even if the cries don’t matter, comment retenir ces larmes de rage ou d’incompréhension ? Jamais il ne fut dit ou écrit que les deuils d’êtres encore vivants soient choses aisées et sans douleur. Notre situation n’est certainement pas unique en son genre, mais ma douleur l’est pour moi, et jamais je ne me souviens avoir eu si mal. Mais qui ne croit pas que son mal est unique ? Qu’aucun temps pouvant s’écouler n’apaisera cette blessure ? Même en ses mots qu’elle me consent je me retrouve à terre, pour peu qu’elle me les refuse, et ma rémission temporaire est à réenvisager. Elle sait où appuyer, où frapper pour que cela fasse mal. Je reste trop proche d’elle, trop exposé sous ses griffes par ma faute. Je dois grandir.
Les blessures ne seraient que de deux ordres désormais et même certainement depuis le début : d’amour et d’orgueil. Et il n’est que pur orgueil de penser que je ne m’en relèverai pas, pour me sentir unique, pour une fois encore me dire de valoir quelque chose en me ramenant à elle seule. Il faut que je cesse de me complaire dans cette douleur envisagée, renoncer à la beauté de ma vie d’avant. Faire ce deuil déjà mentionné et que la vie ne s’appelle plus Amandine, Ange ou Amourante, l’élargir à nouveau aux autres. Même si cela n’est plus pour moi, au moins donner au monde ce que j’ai voulu ne donner qu’à une seule personne. Renoncer à moi-même, à mon amour que j’ai voulu le plus pur. Mais à son amitié je ne peux renoncer, il m’en coûterait trop. Je veux grandir. Je fais mon deuil.
Je ne t'aime plus. Un autre Ange est passé. Un Ange deSang.
[1] LINKIN PARK, « In the End » in Hybrid Theory, New-York, Warner Bros. Records Inc., 2000.
dimanche 19 octobre 2008
Désenfanté

Désenfanté, je suis le rêve sous-râle d'un trésor charnier.
dimanche 31 août 2008
Mémoires simplement extraordinaires d'un être normalement fantastique II
Mémoires simplement extraordinaires d'un être normalement fantastique.
La subjectivité est la vertu futile du monde actuel.
II. Monde et introversion
Les corps sans vie des idées éprouvées jonchent les sols et tapissent les fumiers.
Spectacle sublime, suprême délectation.
Mornes et creux, vides avec une telle intensité que cela semble antinomique, les mots restent inconscients. Et comme parfois l’appétit vient en mangeant, l’inspiration pourrait éclore en écrivant. Alors il peindra ces spectacles sublimes qu'il vit en esprit.
Je survivrai.
En boule sur un lit solitaire, vide de joie, exempt de cris, mouillé de larmes silencieuses, le stupide s’attache à son vocabulaire. Ses mots lui épargnent les idées, ses sentiments croulent sous cette forme abjecte, artificielle. Mais elle n’est pas pour lui, son monde reste absent, mais tellement beau. C’est l’hébétude, il n'en revient pas.
J’irai mourir sur vos tombes et cracherai vos noms secrets sur les remparts des cités. Vous souffrirez autant que moi et je vous accompagnerai.
D’abord il y a les yeux, comme la Terre que les humains détruisent. Il y a la peau qui les cercle, fine écorce mais bien solide, puis la blanche uvée nervée de rouge pour le magma en fusion, ensuite l’iris, océan de couleur comme le noyau liquide et l’abîme du cristallin en est le solide. Plonger dans ce regard, c'est pénétrer la Terre et ses secrets.
Mots, vous êtes l'essence de mon monde, leur joie, leur lie. Les incultes à mon amour pour vous me rabaissent à leurs propres notions, mais je m'y refuse. Je veux vivre de vous, pour vous. Et quand le Soleil aura éclos sur les miasmes du monde, je proclamerai votre toute-puissance.
La Terre oculaire offre un plongeon, un voyage. Il suffit de s'y laisser glisser, de bien vouloir y tomber indéfiniment. La surface est froide, lisse. Infranchissable, elle ne permet qu'aux précieux d'y accéder. Ses failles cachées ouvrent sur un monde à l'étendue improbable, un bouillon d'idées, un monde rouge en mouvement.
Les migraines s'intensifient de jour en jour, de mal en pis, et ce doigt étranger à mon corps – vicieux bourreau – me fait souffrir le martyr en s'enfonçant dans mon œil, envahissant, sadique. Mon monde est violé par la douleur, je ne peux la tolérer ! Et l'expression ne pourrait souffrir de mes affres somatiques, je m'y refuse.
Le monde s’étend, là, devant tous. C’est une vaste plaine à la végétation luxuriante où les idées paissent nonchalamment. Le temps y fait bon vivre, et l’esprit s’en porte mieux. Trône de notre enfance, ce vallon chéri devient le refuge de notre vieillesse. Les coups éprouvants de la réalité y déclenchent parfois même quelques tempêtes.
Mes plus belles marches, ce sont celles lorsque l'orage commence à gronder et que, dans la chaleur moite du temps orageux, les premières gouttes de pluie tombent peu à peu. Alors je retire mes chaussures et les dispose au pied de l'escalier et enlève mes chaussettes que je glisse par-dessus. J'ôte ensuite mon t-shirt et ainsi, pieds et torse nus, je me mets à courir sous la pluie, la face contre le ciel. Ensuite, mouillé et ivre de joie, je rentre me sécher car la foudre m'effraie. Elle gronde, fâchée, et je n'aime déplaire.
La tour se dresse au centre de tout. Elle est le siège de tout. La fragilité est sienne et l’agressivité son rempart. Nul ne peut profaner ce sanctuaire sans payer le prix de sa confiance. Ses clefs sont les armes pouvant détruire les âmes qui l’investissent, mais si elles ne la touchent, elles peuvent l’effleurer d’un regard vif et aiguisé.
Lorsque je livre mon esprit, le vend et le pervertit, c’est comme si j’offrais à mes ennemis comme à mes amis les atouts infaillible pour ébranler l’édifice de ma mémoire et de mes pensées. Pourtant même si pareille douleur m’effraie, je ne peux m’empêcher de communiquer le fruit de mon savoir… Alors seulement ils s’approchent du Monstre qui se terre en mon sein, dans les ténèbres de la Tour. Et Il est plus fort que moi lorsqu’il s’agit de blesser, d’humilier ou simplement de détruire ceux à qui j’ai permis de l’approcher dans mon inconscience la plus totale.
La Bête a des yeux et ils ne cachent rien. Ils sont rouges de haine et de rien d’autre. Ils ne renvoient aucune image, n’ouvrent sur aucun monde buccolique. Derrière eux ne s’étend qu’une surface grise, en cendres, ravagée par le feu et étouffée par la colère. Ce monde-là est nu et inaccueillant. Et peu à peu, Il grandit et prend la tête de la Tour, la tour qui sombre peu à peu dans l’errance et la déraison. Les lueurs qui s’en échappent vacillent, les mots ne retiennent presque plus la bâtisse.
Il est moi et il me hait,
Je suis lui et je le suis.
Car nous ne pouvons survivre,
Ni lui mon troll,
Ni moi son hôte.
Parce que c’est mon corps,
Et qu’il envahit mon esprit.
Les combats se suivent, mais il n’y a nul siège. Ce sont les châtelains qui s’assassinent pour la possession du fief. Les joutes se suivent et les combattants ne sont jamais départagés. Pourtant, s’ils ne peuvent coexister, ils doivent s’accepter, sans que l’un ou l’autre prenne le dessus. Ils doivent vivre ensemble ou mourir. C’est simple, mécanique. Tellement simple que s’y résoudre est presque impossible.
Je dois respirer. Une goulée d’air et de lucidité. Je veux oublier. Un trou dans ma mémoire et une déchirure dans mes sens. J’aimerais m’effacer. Un vide dans l’existence et dans le monde. Je désire disparaître. Un souvenir qui peu à peu s’estompe. J’exige d’être libre. Libre de moi et libre de Lui, libre d’être moi-même. J’ai besoin de paix. D’être en paix avec mon être et ma Bête pour être en paix avec le monde. Je ne demande que mon Amour, ses bras et son cœur pour qu’enfin je m’apaise. Mais je dois à moi seul traverser les torrents tumultueux de la déraison. Pour vivre. Pour arrêter de survivre hors de ses yeux doux et aimants. Je ne pense qu’à Elle, mais Lui aussi.
Ils sont face à face et ils se ressemblent. Plus directement, ils sont à fortiori identiques car seuls leurs desseins et leur idéalisme les séparent distinctement. Quoique… L’un est baigné du blanc de l’Amour éthéré. C’est moi. Et l’autre se pare d’une aura rouge où défillent les ombres du meurtre et de la destruction. C’est mon Autre, mais moi aussi. Ils se haïssent, ils s’évaluent du regard. Ils se connaissent mais ils aimeraient tant s’oublier. Définitivement.
J’étouffe.
vendredi 15 août 2008
J'ai vomi dans mes cornflakes...
J'ai vomi dans mes cornflakes
Se passe de tout commentaire.
Si les enfants veulent tous devenir astronautes, c'est pour se barrer de cette terre où ils devront vivre toute leur vie.
Ensuite ils grandissent, oublient la NASA à cause d'un 5 et demie en math.
Ils écoutent du black-métal et vomissent la bière vendue par packs de trente.
Ils se haïssent eux-mêmes sans trop savoir pourquoi.
Le Lycée leur apprend les modalités de l'échec, de l'humiliation, de la clope, et du suicide.
Ceux qui auront leur BAC se ruineront en malibu-coca.
Puis, le soleil éclaire un peu plus leur chemin.
Ils voient un peu mieux l'avenir parce qu'il n'y en a pas.
Ils se psychanalysent eux-mêmes en découvrant que tout ça, ce n'est peut-être pas seulement de leur faute.
Alors on se met à faire de la politique. Un autre monde est possible. Le changer serait tellement cool.
Ils achètent des T-shirts avec des étoiles rouges, et trouvent le mot
"révolution" très beau, ça ressemble à revolver, mais surtout à
évolution.
Ils arrêtent de manger du MacDo, refusent d'être français, ne regardent plus la météo; de toute façon demain...
Il pleuvra...
Le doute se mêle à leur tentatives, vaines, forcément; pourquoi refaire le monde, puisqu'il va péter.
Et puis ils se rendent compte que boire une bière fraîche avec une belle brune, c'est pas si mal.
Le regard d'une fille vaut mieux qu'un combat perdu d'avance.
L'amour pas la guerre, ce genre de conneries.
On emmerde une dernière fois la société, puis on revend son poster du Che.
Cette fille devient notre femme, la bière fraîche devient notre bide.
On s'entasse dans un meublé qu'il faudra payer. Un boulot et puis une
bagnole, avec l'ouverture centralisée et la clim en option.
On économise pour Noël, il y a un peu de soleil à la plage...
On devient gros, moche, aigri; les p'tis cons arrêtent des jouer dans
notre pelouse, et on se souvient qu'avant on avait des projets.
On se souvient...
On était jeune, plein d'idées, tout ça pour rien...
Parce que maintenant, on attend comme tout le monde son abonnement au
programme télé; alors, avant de mourir, on va voir son petit fils. Il
veut devenir astronaute.
Deviens-le, c'est ta seule chance.
mardi 12 août 2008
Les Woftys
samedi 26 juillet 2008
Mémoires simplement extraordinaires d'un être normalement fantastique.
La subjectivité est la vertu futile du monde actuel.
Qui suis-je ?
Je n’ai de noms définis que de sombres contradictions concordantes en points communs, de raisons déraisonnables, de futilités profondes, de violentes douceurs, d'amours haïs(sables) ou de sinistres enfers décents dans leur sombre stupidité. Bienvenue en mon sein, âme puérile et éperdue. Ferme les yeux, ne regarde pas l'horreur qui me peint le visage, j'en suis bien trop honteux que pour te laisser l’admirer impunément. Vois plutôt les bijoux que je t’offre, les rivières de diamants insaisissables que je laisse couler devant tes orbites écarquillées. Ne cherche pas à te soustraire à mon joug élémentaire, aux règles que je promulgue dans mon pouvoir absolu car, par quelque moyen que ce soit, je te ferai souffrir que tu obtempères ou non. La souffrance détruit, ne l’oublie pas, et je suis la coercition à l'état pur. Bienvenue entre mes mains, frêle âme ensanglantée, laisse-moi broyer tes illusions et tes rêves, accepte les miens qui te siéront bien mieux et bien plus qu’il ne te le plaira, tant que je t'étoufferai de ma société contre laquelle tu chercheras tout de même à combattre de tes armes impuissantes. Je ne peux être détruit malgré moi.
Je suis le monde, son essence, son erreur fautive, l’auras-tu deviné ? Bonne continuation.
* *
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Chronocide, l’esprit flâneur s’évade sur les vastes étendues colorées offertes par son ouverture et par sa clairvoyance, œuvres d'imagination sublime. L’esprit abject apparaît alors, jetant dans l’onirisme de la contemplation son fiel avec fracas dans un fatras de préjugés et de formations communes. Victimes d’un mécanisme voilé que chacun ne peut saisir, ils n’ont de choix que la fuite ou la soumission, recul ou destruction, dans une spirale les rejoignant immuablement, malgré eux, malgré le temps, malgré les mondes.
Donne-moi la main, accompagne-moi. Les chemins ensanglantés que nous parcourrons baigneront nos pieds de leur substance, infesteront nos sens de leurs vapeurs enivrantes et détruiront nos pâles illusions. N’aie pas peur, ne remarque rien, noie-toi dans mes yeux et ne te détache pas du regard ainsi soutenu. Embrasse-moi.
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Je vis depuis très longtemps maintenant, à vrai dire depuis toujours aussi loin que mon éther s'en souvienne. Les infinis temporels ne suffiraient à pouvoir retracer la longueur de mon existence et l'étendue de ma mémoire. Je suis plus d'esprit que de chair, ces tissus sensibles et poreux dont les êtres mortels s'affabulent, mais je suis capable de ressentir, que l'on ne s'y méprenne, je suis même plus apte à cela que chacun de mes contemporains, à chaque fois ou presque. Comme tout, toutes et tous, je connus un état primordial, un temps où l'espoir d'un précédent n'allait avec aucun avant véritable ; il ne subsistait à mon égard et celui de mes congénères qu’une croyance sordide d’un monde que nous aurions quitté, et qu’en notre mémoire ne seraient restées que quelques marques diffuses de cette existence préalable, entretenues par des récits oniriques ou d’autres élucubrations. Je n'avais à ma création aucun passé, et je ne peux toujours pas élucider ce mystère de ma création mais je n’eu nul besoin pour cela de trouver des réponses dans une parole tronquée par de faux espoirs. « Je suis et j’existe » , tel fut mon crédo.
Une éternité avant un quelconque cocon, j'errais alors dans un monde de limbes et de formes indistinctes où nous, esprits primaires, étions tous à flâner inlassablement sans jamais avoir fait pousser aucune enveloppe de tissus autour de notre aura, de quelque dimension qu'elle aurait pu être. Puis vint une aurore fatidique où mon éternité prit fin, où mon inconscience future sonna le glas de mon errance heureuse, quoique... Heureux ou non, je ne me souviens plus si je l'étais malgré tous les efforts de concentration que je pus entreprendre. Toujours est-il qu'à cet instant, il me fallait descendre à moins qu'il ne faille m'élever, changer de dimension et m'incarner ailleurs. Sous l'apparence d'une mort simple et sans mouvement, c'était comme vibrer autrement sur un référenciel inconnu. La partie essentielle à mon être parût se détacher de cette forme que j'avais été tant de temps durant, forme aimée que j'avais toujours connue. Mais je me méprenais, la peur m'aveuglait et m'empêchait d'y réfléchir posément ; j'étais absorbé plutôt, au loin dans un autre monde où j'allais poursuivre mon existence.
* *
*
Cette fois-ci encore se déroulent les quelques mois aquatiques où je peux penser allègrement à mon parcours depuis le monde où je naquis. La nostalgie m'emporte de temps en temps, car j'ai pu voir des êtres que même l'entendement des plus vives ou des plus réfléchies créatures que j'ai pu côtoyer ne pourraient imaginer. De toutes, la plus apte à cela fut peut-être bien l'incarnation d'un esprit que je connaissais depuis toujours... Seul petit esprit qui lui non plus n'oubliait pas d'où il venait, ou en avait l'intuition malgré le carcan débile des mondes imbéciles que chacun doit supporter, avec plus ou moins de résistance à ce qu’il impose.
J’ai pris de ma main le globe lumineux,
La douleur m’envahit, je suis heureux.
Devant mes yeux s’échappent les connaissances,
Elles que j’ai désirées dans mon essence.
Mon être s’enflamme, fétu de chair,
Le feu me vampirise, me prend l’air…
La lumière m’aveugle, le froid me saisit,
Dans l’austère chambre, je naquis.
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Je baignais dans un liquide chaud, visqueux, agréable en tous points, bénéficiant de tout le confort qu'une matérialisation espérerait : le chauffage et les repas servis presque régulièrement, le calme et de l'attention presque constante. Dans cette enveloppe plasmique, j'écoutais un monde que je ne pouvais ni voir, ni sentir, mais je l'entendais et était maintenu au courant des humeurs de ma porteuse. Je découvris que celle-ci – parce que jusqu'alors je n'eus que des femelles pour me garder en leur sein – appartenait aux « hommes », ou aux « humains » moins communément. J'appris que cela faisait bientôt neuf mois que mon repos mêlant le réconfort et ma haine envers ma geôllière durait, que celle-ci me retenait prisonnier dans son ventre où elle me prodiguait toute sa tendresse. Elle répondait alors au sinistre nom de « maman ».
L'accueil en ce monde d'humanoïdes
tous de blanc vêtus fut froid, glacial. Une violence extrême ajoutée à la
douleur de la partie antérieure de mon être me poussa à vagir, violence que
j'avais peut-être méritée puisque je me vengeai hargneusement d'elle lorsque
des mains couvertes d'une seconde peau collante et blanche m'en extirpèrent.
J'hurlai de toutes mes forces, de tout mon ventre et de tous mes poumons comme
si de mon cri dépendait la survie de cette espèce qui m'accueillait si
sinistrement. L'air, cette abomination aseptisée, me brûla la gorge, la
poitrine et les sens inutilisés jusqu'à cet instant. Pourquoi naître ainsi dans
la douleur et dans l'abjection ? Ma génitrice portait sur son ventre les
stigmates d'une lutte sans merci que je menai contre elle, ouverte de part en
part et le sang s'échappant du trou béant d'où je provenais. Un fine corde y
pendait en dehors, raccordé au même endroit chez moi, à quelques centimètres
près me semblait-il. Petit cordon ombilical, il m'attachait à elle dont j'étais
une part de chairs et de souffrances. Il me raccrochait par elle à mon passé,
mais je devais l'oublier, tout perdre pour mieux retrouver
la mémoire. Où
donc se terre mon double en ce monde si veule et si mesquin ?
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L’humanité est une arme de destruction massive, tant celle-ci est une arme de l'humanité. Détruire ce qui m’a engendré me permettra de contrecarrer ma destiné et de la prendre de mes mains pour la mener où bon me semblera. Ainsi serai-je ce qui me plaira devenir : une arme de distraction massive. Je fus un humain pour cette vie incarnée, malmené par l'inconscience de ma race d'alors, revêtant de celle-ci comme un étendard ou une oriflamme devant l’autel de mon intellect.
Porté dans cette existence comme je le faisais à chaque fois, j'acquis les connaissances utiles à ma survie, les bases de mon développement dans la fumisterie qu'est la société humaine. Je lu dans mes années de jeunesse une œuvre qui renvoyait à mon observation, tirée de l'intellect ombragé d'un faux Comte soi-disant de Lautréamont. La grande famille universelle des humains est une utopie digne de la logique la plus médiocre. Confirmant cette sentence judicieuse, j’y apportai une rectification cependant : l'amour existe tout comme la haine, le bien s'affirme quand l'on acclame le mal et les erreurs permettent d'accomplir de grands desseins dans ce système pervers qu’est la société des humains. Mais j'ai pu constater que ce n'était une vertu acquise de tous, bien au contraire. Alors, comme dans chaque vie, je cherchai cette moitié avec qui je me retrouve dans chaque dimension, un semblable avec qui partager mes passions et mon âme. Mais mon errance fut longue, et ma solitude pesante avant de retrouver l'être qui m'est si cher et m’estimer complet.
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J'ai besoin d'eau, de quoi boire.
Le vent souffle, le sable s'engouffre dans les moindres orifices que mon inadvertance ou mon incapacité ne peuvent combler ni obstruer. Mes yeux gonflés ne me permettent d'apercevoir que les quelques grains qui me devancent ou qui se précipitent à ma rencontre, comme s'ils étaient attirés par mes yeux blessés. Tout ce sable... Le vent est fort, mais ce souffle d'air chaud balayant les dunes et les plaines de silice du désert hostile n'apporte rien de rafraichissant, au contraire il est une lame chauffée à blanc fendant la peau craquelée offerte à sa fureur et à sa perversion. Des morceaux d'argile en suspension dans les flux aériens, mêlés au sable et aux rayons rasant d'un soleil en plein déclin, teintent l'atmosphère d'ocre et de pourpre, comme une myriade de confettis rouges portés par le vent d'automne un soir de Carnaval. Le vent est si piquant, meurtrier dans toute sa forme.
J'ai besoin d'une boisson quelconque.
Ma gourde coule sur une bête au loin, disparue dans la tempête à moins qu'elle ne m'ait sciemment abandonné. Où es-tu, bête de somme que j'ai sinistrement exploitée afin de me délester de mon bagage imposant ? Où es-tu, flasque au doux hydromel ? S'il m'était donné d'encore gaspiller mes fluides vitaux, je baverais volontiers à l'idée de tremper mes lèvres dans ce doux nectar. L'air est rouge, pigmenté à outrance selon des teintes défiant l'imagination des peintres et des photographes. Sont-ce mes yeux qui saignent et teignent ainsi ma vue de ce rouge si puissant, de quelques tâches de magenta et de noir par ci par là, ou est-ce le soleil qui se couche sur mon mal être et ma perdition dans cette contrée hostile à ma survie ? Je ne suis qu’un piètre être humain ne pouvant survivre sans mes techniques et mes artifices face aux éléments de la nature violée reprenant ses droits. Or si celle-ci se déchaîne, ma survie ne tient plus à rien, encore moins à moi-même. L’humanité mérite de mourir pour les dégâts qu’elle a commis, elle en a déjà bien trop faits, j’en suis conscient.
J'ai besoin de boire !
Je pourrais courir nu sous les roches en suspension dans l'air, livrer mon corps à la course effrénée de ces milliers de couteaux qui lapideraient ma chair, me pénétreraient de toutes pars et m'enseveliraient de l'intérieur, s'il ne me restait la moindre parcelle d'espoir dans la masse grise qui me guide complètement hallucinée. La nuit arrive, la chaleur retombe et le froid approche à grands pas étouffés par la moiteur du jour courant à sa fin. Je cuits toujours sous mes vêtements en lambeaux, mais je sais que le déclin de l'astre m'apportera de la fraîcheur, tout comme il me laissera seul dans ce cauchemar qui est le mien, dans le noir et le froid d'une nuit sans lune.
J'ai besoin d'eau, d'un peu de courage !
La nuit passée m'a plus meurtri que ne l'aurait fait le soleil en une journée, le gel du désert à eu raison de mes doigts engourdis. Noirs comme la mort qui les a pris, ils pendent au bout de mes mains que je tente de protéger de l'astre brûlant. Quoi de plus oppressant qu'essayer de réchauffer un membre mort où je ne ressentirai jamais plus rien si ce n’est la rage de ne pouvoir que les contempler alors qu’ils restent à jamais inanimés, parties déjà mortes d’un corps où pourtant la vie s’écoule encore ? J'ai besoin de boire, au moins une goûte d'alcool, et oublier ce pour quoi je suis ici...
Le portrait désabusé apparait dans
la glace. Encore
une fois, il l’a fait… Il revient d’un long et périlleux voyage et, cette fois-ci toujours personne ne l’acclame. Pourtant son périple faillit connaître une triste et sinistre fin, mais cela, tout le monde l’ignore. De toutes façons, qui peut bien s’en soucier ? Il était à parcourir les plaines verdoyantes, à la végétation luxuriante et la faune accueillante, lorsque le malheur s’abattit. Le feu s’élança dans une orgie de plantes et d’insectes, d’oxygène et de chairs. Puis le sable s'abattit et lui fit connaître un enfer dont il n'aurait pu se relever. Pris de toutes parts, le voyageur ne pouvait s’enfuir, seul l’espoir lui restait, à peine, de survivre. Il fut exaucé et se réveilla, en sueur dans son lit, à côté d’un calorifère déréglé. L’eau coule par le robinet ouvert. Mauvais rêve.
Je ne dors pas, je t'attends. Je ne peux pas dormir ! Si par malheur tu ne revenais pas, que deviendrais-je sans toi et tes bienfaits que tu dispenses sans rien demander en retour ? Les heures passent, mais le sommeil est loin car je ne vis déjà plus. Tu arrives enfin, mon attente n'était pas vaine. Tu es là, infaillible. Bonjour Soleil ! Comment vas-tu ?
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Mais je t’ai retrouvée, sous une forme féminine cette fois-ci. Ce monde n’était pas vain, et les rêves qu’il m’offre sont les témoins de nos plus belles rencontres. Imagine-toi une longue route, tracée droite dans l’immensité d’un paysage offert à ton imagination, s’éteignant en un seul point à l’infini. Soit bercée par la monotonie de cette bande courant sous ton esprit, mais émerveille-toi des tableaux fabuleux s’étalant de part et d’autre de la ligne, tous différents et sublimes dans cette homogénéité d’esprit pourtant hétéroclite d’éléments. Tantôt une aube d’un matin brumeux, tantôt une aurore boréale, les vues se succèdent de beauté. Tu distingues le Soleil, miroitant dans les eaux d’un bleu profond d’un lac paisible, ou à travers les branchages d’une pinède par ses rayons. Un sommet enneigé, éternel, en est l’éclat de splendeur, bordant l’étendue infinie. Dors, créature au sommeil, et émerveille-toi de ces vues sublimes d’une nature où la main de l’homme est une abjection.
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J’ai, une fois sinon mille, regardé les gens. Assis à l’écart de leur trafic piétonnier continuel, je jette mon regard gardé d’enfance sur leur agitation triviale. Ne prenant plus le temps ils courent après, sans aucune attention pou ce qui pourrait se dresser sur leur chemin, aussi futile fut-ce. Tous communiquent entre eux, ils discutent mais par une boîte à onde le plus souvent, qui n’est pas la même qui leur permet de réchauffer des plats « comme partout et chez tout le monde », une fois seul chez eux, la voix éteinte dans le transistor qu’ils collent à leur oreille, leur grillant ce qui leur reste encore de cerveau. Ils marchent à vive allure, courent même sans faire attention à cet homme assis là avec son chien, assis au ban de la société, sur le banc qu’elle lui offre dans sa mansuétude hypocrite. Certains le regardent tout de même, mais leur regard est l’expression d’une pensée du genre « Que fait cette tache de couleur amère et délavée sur le paysage gris de la cité morose ? », le style et la forme poétique en moins. D’autres flânent, traînent et errent sans but précis, seuls ou accompagnés de chair véritable, pas de celle qu’ils regardent, seuls et cois, sur l’écran distordu du monde soumis aux préceptes de « sécurité » et de pensées communes. Leur front peut sembler barré de soucis, mais ce n’est rien de notoire, ou seulement passager. Ils s’octroient une pause, de la durée qu’il leur plait, ou leur est autorisée. Avant de recommencer leur course effrénée.
Je suis en retard ! J’attrape le bouquet – que ces roses sentent bon ! - et me mets à courir. Pourvu qu’elle m’ait attendu et ne se soit mise à marcher comme ces pantins stupides, sinistres automates jouets de la société, sans aucune distinction pour les obédiences politiques ou sociales.
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Dans mes rêves, les plus éveillés soient-ils, je me prends à vouloir de ma chair totalement, entièrement, soumise à mon esprit. Mais je ne sais, hélas ! , en quelle mesure elle dicte mon comportement s’opposant à ma volonté, dans mon amour tant puissant puisse-t-il être. J’aimerais réfréner mon discours corporel lorsqu’il serait regrettable, mais mon Amour en resterait-il intact ? A moins de ne laisser libre cours à mes pulsions, de les assumer, ce que j’avoue avoir été jusqu’alors bien incapable de tenir de part et d’autre.
Je ne veux de relation strictement charnelle, tant bien accompagnée de sentiments et de sincérité le cas échéant, je ne m’y prête pas. Mais le plaisir que puis me conférer une étreinte passionnée, du contact électrisant des chairs frissonnantes amoureusement enlacées qui ne songent en aucun temps sacrifier à l’autel de leur sexualité, ne m’est pas étranger et me convient tant il me plaît… Il peut me suffire et me combler, j’en suis heureux.
Tous les jours depuis ma création, j’ai essayé de comprendre, de saisir l’inexpliqué des propos obscurs ou étonnement simples. Mon raisonnement a poussé l’existence dans ses retranchements, l'a tournée sous toutes ses coutures, l'a analysée, et maintenant je m’en défaits. Mais les règles sont imposées, folies destructrices et absconses, abstruses même, instiguées par l’inconscient collectif depuis toujours. Je m’en détache, bien que l’objectivité ne pourra jamais être atteinte, je resterai toujours moi-même avec des erreurs que je tente lentement à résorber. Mes chaînes se brisent, éclatent, sous ma forme je tombe violemment amoureux. Sublime, j’oublie ma condition humaine. Le suis-je encore ? La douleur me traverse, ne me touche plus, mais mon jugement en pâti. Empathie.
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Je m’accroche à toi, Ange charnel, par le cœur et par les sens, à toi qui m’empêche de sombrer dans l’agitation inutile et écrasante d’un monde qui s’enlise dans son ellipse occulte, tournant à l’envers. Laisse-moi goûter à ton humeur, embrasser les lèvres béantes des plaies que je t’ai infligées.
Je pense à ta voix, qui résonne dans ma tête comme une plainte lancinante, un murmure au langage amoureux et à nos seules oreilles. Pourrais-je me passer de son timbre agréable ? Je ne le sais, et j'en doute.
Je pense à ton regard dans lequel je me noie et d’Amour et de bienfaisance et qui, pénétrant aux tréfonds de mon âme, sonde mon cœur et mes pensées. Qu’y cherches-tu ? N’en as-tu assez de ma sordide perversion ?
Je pense à ton corps, brûlant contre le mien, se consommant à l’aurore de tes lèvres et à l’orée de mes doigts, tous de plaisir éclairés. Est-ce là une expression amoureuse ? Est-il de notre Amour véritable ?
Je pense au réconfort, divin bien-être, breuvage des amants. Pourrions-nous nous abreuver à cette source intarissable durant l’Eternité qui concourt à nos rêves ? De tout mon cœur, je l’espère.
Je pense aux ailes que nous nous sommes imaginées, enveloppées d’Amour, de plaisir, de confiance, brassant notre air, notre espace d’un divin secret. Sommes-nous de réels Anges ? Ou n’avons-nous que cette illusion ?
Je pense à nos sens, charnels, ces plaies qui, trompant notre vigilance et nos limites, poursuivent bien au delà encore, sur un simple battement, ce que nos seuls corps nous offrent, transcendant ce que nous en acceptons. Est-ce là encore une expression de notre amour, auquel pourtant nous aspirions par sentiments de tête et de cœur, et non de corps ? Peut-être cet avatar nous rapproche de notre plénitude.
Je pense à notre Amour auquel, aveugle, je ne trouve d’équivalent, aucunement. Sont-ce mes perceptions qui y jouent ? Ou Eros est-il bien unique à chacun ?
Je pense à une vie qui nous est propre, un recueil de nos instants, précieux, le bonheur continu de passions, d’emphases, de contes... D’Amour auquel mes larmes s’ajoutent d’émotion.
Je t’aime mon Ange, à ma manière, la meilleure j’espère. Je te remercie pour ce jour, de plus ou de moins qu’importe ; pour tous les jours.
Sincèrement, amoureusement.
Et toi, à quoi penses-tu ?
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De toute ma longue et pénible vie humaine et terrienne, j'ai trouvé deux principes susceptibles d'en être les moteurs autant que les raisons. J'ai toujours voulu lutter pour le bonheur de l'humanité, de fournir la possibilité à celle-ci d'élever sa conscience, mais aussi assouvir mes désirs et mes pulsions, dont la domination des hommes que je trouve inférieurs dans leur médiocrité, pour leur propre bonheur bien évidemment. De ce fait haut en perspectives, la voie dictatoriale afin d'imposer mes idées m'était toute destinée. Mais le choix se posa alors sur la méthode et la manière d'accéder au statut de maître de tous les hommes, car les possibilités ne manquaient pas de ma courte et misérable vie. Au travail du penseur perdu dans les livres, les manuscrits et les jugements fouillés, j'opposais une approche bien plus pratique, bien plus extravertie et brutale modulée sur les sciences informatiques. J'espérais trouver dans cette application la matière nécessaire afin d'établir une société intellectuelle vierge des perversions qui semblaient immuables aux hommes et à leur nature. Le système qui aurait pu naître de pareille programmation d'un informaticien philosophe aurait pris la place si souvent convoitée dans les projections cinématographiques de maître du monde, luttant pour l'élévation de la conscience humaine selon ce qui y aurait été imprimé. Et pour ne voir l'horreur qu'une simple erreur aurait engendré, j'aurais mis fin à cette présente vie, peut-être bien même qu’à celle de tous les humains déjà existants, sauf quelques spécimens précieusement choisis qui auraient été soumis à ma création de laquelle serait née la civilisation voulue. Mon travail n'aurait abouti ainsi que dans ma mort si je décidai que la mise en marche du processus soit liée à l'arrêt de mes facultés physiques et physiologiques.
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Mourir, mourir, mourir, …
Voici les mots répétés qui me passent par la tête,
Accompagnés d’images de poignets tranchés sur ma rétine.
Je me sens vide, seul et incompris. Incomplétude de mon être.
Le monde autour de moi s’écroule, souvent par ma faute.
L’amour.
Ses mains agiles, si paisibles sur ma peau d’argile,
Sont la douceur qui efface ma rancœur.
La mort.
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Deux Anges ont péché ; ils se sont aimés. Cela interdit au sacro-saint Paradis, royaume béni des eunuques, il correspondit à ce crime de passion un châtiment exemplaire. Ils furent tous deux séparés, envoyés en un lieu bien pire que tout Enfer : la Terre, planète globuleuse bleu sanguinolent, où ils furent condamnés à vivre, ou du moins survivre.
Les Humains, pathétiques êtres de boue – de l’argile ! –, sont les plus vils bourreaux n’ayant jamais existé, dans leur monde où dans un autre, certains mêmes en exercent la profession, alors que ce phénomène est un caractère qui lui est universel et immuable ! Mais ces êtres de chairs, ces acides intelligents, ne sont dénués d’une once de sentiments, permissions pour mesurer l’étendue de leur malheur, qui leur donne l’occasion de se retrouver en couples, même hypocritement…
Alors l’espoir que les deux divins amants se retrouvent et s’avouent l'un à l'autre n’est pas vainc Mais toujours devront-ils faire face à leurs perfides concitoyens, et résister à leurs attaques, et tenter malgré tout de les élever en conscience... Mais l'amour qui lie les amourants est infini, et il leur donne la force de combattre pour ce en quoi ils croient. A toujours? Jamais le leur dira...
« Baiser… Ce ne pourrait être que simple apposition des lèvres sur quelque partie du corps, mais l’une de ses formes est la plus sublime d’entres toutes : lorsqu’il est amoureux. Les odeurs se révèlent, les sens s’exacerbent. Les lèvres s’épient, s’effleurent en parade. Doucement, elles se touchent, plus longuement… Imperceptiblement, elles s’entrouvrent et livrent leur si précieuse intimité. Confiantes en la personne aimée, ce sont les désirs qu’elles permettent d’entrevoir et d’exprimer. Les corps brûlent, s’enlacent… Le monde autour des amants n’a plus prise sur eux ; il disparaît, peu à peu, et ne subsistent que les deux âmes amoureuses, unies par un long et profond baiser lui-même, semblant durer l’éternité. La réalité en lâche ses empires, mais elle peut rendre leur communion impossible, du moins assez difficile pour que me vienne l’envie de crier dans tout esprit que je t’aime… »
« L’Amour, si douce perception, habile perfection, si beau sentiment, est un nécroleptique. Je ne peux m’empêcher de vivre, et ne veux que cela cesse sous aucun prétexte, parce que je t’aime ; mais mon état me pose dilemme, car je t’aime à en mourir. »
Alentours ne sont que limbes, rêves brumeux d’un esprit illuminé d’une étincelle de vie. Jamais l’Ether n’a revêtu plus belle forme. Les deux âmes s’avancent, évanescentes dans leur nudité émotionnelle, irradiant une douce chaleur, grâce délicieuse… Leur pureté est sans égale, et l'amour les étreint de ses liens agréables et puissants.
Seuls, ensembles, ils se sont libérés de leurs mondes vils et cruels, qui les contraignaient jusqu’auparavant à atténuer la puissance incommensurable de leurs sentiments. Ils sont libres. Les entraves qui saignaient leurs ailes disparaissent, comme à l’éclosion de leur lucidité, et ils prennent leur envol dans la vaste étendue rêveuse. Le temps et l’espace ne les sépareront jamais plus, ils s’en sont soustraits. La réalité n’existe plus, il n’existe plus qu’eux. Amants éternels.
*
Je t'ai retrouvé, mon double, mon être.
Moi.
vendredi 25 juillet 2008
Lune sans ciel ou ciel sans lune, j'admire comme un enfant les ténèbres
où se meuvent les créatures fantastiques issues de mon imagination
féconde, peuplant la profondeur de la voute céleste. Les étoiles
disparates apparaissent alors dans un jeté-là oblique, me plongeant
dans la contemplation des astres embrasés. Les embrassant du regard, ma
conscience s'élève et mes pieds décollent de terre ; je rêve, j'en
oublie l'humanité.
Comme lorsque quelques mots formant douces strophes et précieux vers
permettent de créer des réalités, des mondes fragiles et délicats à
l’attention de l’auteur, je me prends à vouloir créer des univers
majestueux et magistraux pour ma vanité et mon orgueil. Alors ma plume
sur les pages noires de l’humanité lâche de longues traînées de sang
dans le sillage de la folie et de l’absurde.
Corps de muse, instrument avant.
Ecrire sur les ailes écorchées d'un Ange déçu
Avec son scalpel aux reflets bleus métalliques
Est l'exégèse des mots sonnant comme cantiques
Pour le poète sanglant face aux dogmes de vertu.
Support sublime d'une œuvre hallucinée,
La créature divine sombrant dans l'oubli
D'humains désespérants d'horreurs et de cris
Est l'idylle espérée d'un génie décapité.
Scarification esthétique d'une muse,
Misanthropie d'un fol esprit ravagé ;
Sa plume se tait crissant sur sa lancée.
Il n'en a cure, pourvu qu'il s'amuse !
Et le monstre absent de douce poétique
Meurt sur son trône délirant d'hérétique.
mardi 13 mai 2008
To be is to do. - Socrates
To do is to be. -Sartre
Do Be Do Be Do. -Santana

